Charlie enchaîné

Une revue de presse de Charlie Hebdo et du Canard enchaîné.
Et un peu plus.

Accueil du site > Mots Croisés > « Un mauvais procès » (interview de Louis-Marie Horeau)

« Un mauvais procès » (interview de Louis-Marie Horeau)

lundi 26 février 2007

Le directeur de la rédaction de Charlie Hebdo parle de "procès médiéval". Partagez-vous son opinion et vous sentez-vous solidaire ?

Oui, nous sommes tout à fait solidaires de Charlie Hebdo. Ce matin au procès, j’ai entendu Philippe Val expliciter ce concept de "procès médiéval". Entendons-nous bien. C’est un procès normal, avec des magistrats, un débat contradictoire, etc. Mais la démarche en vertu de laquelle il a été intenté est complètement dépassée. Elle ne correspond plus du tout à l’évolution des moeurs ni à l’importance de la liberté d’expression dans notre pays. Ce procès nourrit la confusion entre islam et islamisme, entre les musulmans et les fous furieux qui ont plus foi en leur kalachnikov qu’en leur prophète. Ce qui est grave, c’est qu’ils se présentent comme les porte-parole de tous les musulmans. Ils donnent ainsi l’impression que l’islam tout entier part en guerre contre la liberté d’expression. Ce sont ces fous furieux que Charlie Hebdo a attaqués, et non pas les musulmans en général. Voilà pourquoi nous considérons que ce procès est mauvais dans tous les sens du terme : dans son intention et dans la manière de le mener.

Un journal satirique a-t-il le droit, selon vous, de soumettre une religion à la critique ? Vous arrive-t-il de tourner la religion en dérision ? Avez-vous déjà été poursuivi sur ce terrain ?

Un journal satirique a non seulement le droit mais le devoir de critiquer les religions. Il ne s’agit pas d’offenser ses pratiquants mais de lutter contre le cléricalisme, que je définirai comme la confusion entre croyance religieuse et lutte politique. Depuis sa création, en 1915, Le Canard Enchaîné a choisi le camp de l’anticléricalisme. Il était même l’une de ses expressions les plus vigoureuses. Aujourd’hui, l’Eglise catholique a perdu beaucoup de son influence et de sa superbe. L’anticléricalisme anti-catholique n’a donc plus beaucoup de sens. En revanche, l’anticléricalisme anti-musulman est toujours valable dans la mesure où l’on assiste à une montée de l’islam politique. L’islamisme est donc devenu la cible normale de tous ceux qui sont attachés à la liberté. Au Canard, nous n’avons pas publié les caricatures de Mahomet de l’an dernier, mais nous publions très souvent d’autres dessins satiriques sur la religion. A ma connaissance, nous n’avons jamais été poursuivis sur ce terrain. Quoiqu’il en soit, ces procès peuvent se gagner ! Surtout dans le cas présent, où il s’agit d’un procès de cléricaux contre des anti-cléricaux.

Au Danemark, la justice a relaxé les responsables du quotidien Jyllands Posten. Pensez-vous que ce procès puisse se terminer de la même manière ?

Je le souhaite, même s’il y a toujours un risque dans ce genre de procès. Une relaxe générale ne serait que justice pour Charlie Hebdo. Le journal était dans son rôle, il n’a pas, à mon sens, enfreint la loi. Le conflit récurrent qui oppose la liberté de la presse et la liberté de religion est dans ce cas artificiel. Charlie Hebdo a exercé la liberté de la presse mais il n’a pas attaqué une croyance. Il n’a fait que dénoncer une perversion de cette croyance, à savoir le terrorisme. Le terrorisme consiste à vouloir prendre le pouvoir au nom de Dieu. Il s’agit là, à mon avis, de l’expression la plus aboutie du cléricalisme.

Propos recueillis par Chiara Penzo (nouvelobs.com, 15/02/2007)


Source : Procès de CHARLIE : « Le devoir de critiquer les religions »

Voir en ligne : Affaire des caricatures de Mahomet


Commenter cette brève





Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette